“Move bitch, get out the way Get out the way bitch, get out the way”
“I've got hoes I've got hoes, in different area codes”
“Jigga, Jigga, what’s my Motherf**&*&* name? My nigga”
Combien de gens, moi y compris, ai-je vu fredonner ces paroles ou se dandiner de façon rythmique en écoutant ces mélodies et en se disant : « c’est un bon beat!! »
Dans les boîtes de nuit, les adolescents et jeunes adultes se ruent sur la piste de danse à l’écoute de ces chansons, mais jamais ne les ai-je entendu se plaindre de l’emploi abusif des mots «ho », « bitch » ou « nigger »! Au contraire, la majorité des adolescents qu’ils soient blancs, noirs, asiatiques, hispaniques, etc., s’approprient ces mots et les incluent dans leur vocabulaire quotidien!
Ne vous détrompez pas, ce n’est pas seulement les paroles de chanson hip hop qui utilisent ces mots à caractère offensif à profusion, mais également les scripts de film ou de télévision, surtout les comédies comme le film « Borat » ou l’émission « Dave Chapelle Show » ou « South Park ».
Suite à l’emploi excessif de ces blasphèmes dans les médias, la plupart des adolescents, comme bien des jeunes adultes, finissent par percevoir l’utilisation de ces mots comme une clé ouvrant les portes du monde populaire et branché du hip hop. Par conséquent, l’historique et l’origine de ces mots sont donc noyés dans un océan de désir de devenir aussi populaire et cool que leurs idoles.
Par exemple, le mot « nègre (nigga) » est tellement fréquemment utilisé dans les chansons hip hop, qu’il n’est pas rare que l’on entende des adolescents de race blanche interpeller leurs amis noirs ou blancs par ce mot, sans aucune idée de l’offense qu’ils commettent. Ils ne savent pas que le mot « nègre » était utilisé par les maîtres blancs pour décrire et dénigrer leurs esclaves noirs. Ils ne savent pas non plus que le mot « nègre » a été historiquement employé pour blesser ou rabaisser une personne de race noire.
De plus, la fréquente utilisation des mots « bitch », « ho », ou « nigga » a la malheureuse conséquence de banaliser ces mots et minimiser leur caractère dénigrant et blasphématoire. La résultante : de plus en plus de personnes utilisent ces mots sans se préoccuper de leur origine à caractère offensif! L’emploi fréquent de ces mots dans les média est devenu une sorte de permission de les utiliser, c’est pourquoi plusieurs personnes se sentent confortable d’en faire usage quotidiennement. Autre exemple, le rappeur Snoop Doggy Dog qu’on a permis de se pavaner avec deux jeunes femmes en tenue très légère qu’il tenait par une laisse comme de vraies « bitches » (femelles de chien) lors d’un gala, le tout sans aucune réprimande ou froncement de sourcils des autorités organisant la soirée ou même du public.
Par contre, entendre ces mêmes mots (« bitch », « ho », « nigga ») de la bouche d’un animateur d’une émission de radio se consacrant aux commentaires politiques ont certainement outré bien des gens. En effet, le 4 avril dernier, l’animateur de radio américaine, Don Imus, a eu à utiliser les mots suivants « nappy headed hoes » (putains aux cheveux crépus) pour décrire les joueuses afro-américaines de l’équipe de Basket Ball « Scarlet Knights » de Rutgers University au New Jersey. Résultat : une communauté afro-américaine foncièrement outrée. Les jeunes joueuses de Basket Ball se sont révoltées contre Don Imus et la station de radio où il anime son émission. De plus, plusieurs hauts placés de la communauté afro-américaine tels que Jesse Jackson et Barack Obama se sont prononcés. Les commanditaires tels que American Express, Staples (Bureau en Gros) et Procter & Gamble ont également suspendu leur support financier auprès de la station de radio. Après tout ce grand brouhaha, Monsieur Don Imus a été congédié, preuve que si bien des gens s’assemblaient pour se prononcer sur les effets dévastateurs de l’emploi fréquent de mots à caractère raciste ou blasphématoire, des actions concrètes contre leur utilisation en résulteraient. Toutefois, une question demeure sans réponse : pourquoi a-t-il fallu qu’un animateur de radio blanc emploie les mêmes mots que bien des rappeurs, comédiens, etc. de race blanche ou noire utilisent fréquemment depuis bien des années pour que les gens commencent à assumer une responsabilité sociale? Au fait, Don Imus a toujours été un animateur qui aimait semer la controverse, car ce n’était pas la première fois qu’il offensait des gens de la communauté noire avec des propos à caractère raciste. En effet, il a eu à décrire Gwen Ifil, une afro-américaine qui fut engagée en tant que correspondante de la maison blanche pour le New York Times avec la phrase suivante: « Isn’t the Times wonderful? It lets the cleaning lady cover the White House (Le New York Times n’est-il pas merveilleux? Ils permettent à la femme de ménage de couvrir la maison blanche) ». Au moins cette fois-ci, Don Imus est tombé sur des personnes qui n’avaient pas peur de le confronter et qui avaient conscience qu’ils avaient une responsabilité sociale à remplir.
Mais quelle est la différence entre les rappeurs et comédiens qui utilisent ces mots et Don Imus qui les emploie aussi, me direz-vous? Pourquoi une situation n’a presque jamais amené le public à se révolter contre l’emploi de ces mots et que l’autre a suscité autant de réactions? C’est peut-être parce que les gens ont plus tendance à oublier ou ignorer le caractère raciste et offensant de ces mots lorsqu’ils sont dans une situation où il sont divertis, tels que lorsqu’ils écoutent un « bon beat » ou lorsqu’ils rient des blagues qui se trouvent dans les émissions et films comiques. Toutefois, lorsque les gens sont dans une situation où ils sont informés à propos de nouvelles politiques, ils portent plus attention aux mots qui sont utilisés pour décrire certains évènements. Que ces mots soient utilisés dans les chansons, les scripts de films, ou dans les chroniques d’émission de radio, l’effet est le même, soit la minimisation du caractère offensant de ces mots et l’apparence de permission de leur emploi au quotidien que leur utilisation fréquente par les médias donne au public. Par conséquent, les jeunes d’aujourd’hui prennent ces mots à la légère et n’apprennent pas à se respecter ou respecter autrui.
Mais à qui la responsabilité sociale revient-elle? N’est ce pas la responsabilité de tout le monde? Qui pensent à nos jeunes femmes et jeunes hommes? Comment peut-on élever des jeunes adolescentes à se respecter et apprécier leur valeur si on ne leur apprend pas à développer un esprit critique et à s’affirmer surtout lorsqu’on les traite de putains, de nègres, etc. Il faut apprendre à nos jeunes l’origine et l’historique de certains mots blasphématoires afin qu’ils comprennent la ou les raisons pour lesquelles leur utilisation dénigre l’être humain et donne au public la permission de les employer, il faut aussi apprendre aux jeunes à se respecter, parce que s’ils ne se respectent pas, qui les respectera? Certainement pas Don Imus!
Plus le public s’unie et se révolte contre l’utilisation de ces mots, moins ils seront utilisés et plus il y aura des lois interdisant leur emploi. En fait, cette vague a déjà commencé avec le congédiement de Don Imus et la campagne que Russell Simmons, le co-fondateur de la compagnie de disque hip hop « Def Jam » et le créateur de la compagnie de design de vêtements urbains « Phat Farm » vient d’entamer pour l’abolition de l’emploi de mots offensants tels que « nigga », « ho », « bitch », etc… dans les chansons de rap.