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Chronique
Carnaval au Métropolis : Wyclef Jean

Wyclef Jean

Avant même que l’on puisse réaliser ce qui se passait, le rideau se levait déjà. Quelques notes de piano se sont faites entendre. Il était un peu plus de 22h. Assis devant son piano, un homme vêtu d’une veste rouge, qui n’est pas sans rappeler celle Michael Jackson dans Thriller, se met à jouer. Sans s’arrêter, il regarde son public et se met à crier : « Montréaaaaaaaaaaaaaalllllllllllllllllllllllll !!! ». Fidèle à lui-même, il porte un masque et est prêt à performer les chansons tirées de son plus récent album, Carnival Vol. II/Memoirs Of An Immigrant.

            Avec un début quelque peu difficile dû au son, le spectacle s’est merveilleusement bien poursuivi avec la chanson « Riot ». Entraînant au passage chacune des personnes présente au Métropolis!

 Continuant son show, Wyclef a fait allusion au fait qu’il ne faisait affaire qu’avec les choses qui étaient vraies. En mentionnant le bling bling de Jay-Z, 50 cent, Puffy etc., il a déclaré haut et fort : « I only deal with the real thing ». Commentaire tout à son honneur je dois dire ! Combien de rappers ou de chanteurs arrivent à se départir de leurs boucles d’oreilles, chaînes, set de dents en or ou en platine, bagues, montres, etc.? En disant cela, j’ai trouvé qu’il mettait le spectateur en face de sa relation en tant qu’artiste avec la musique et que tous les artifices n’étaient pas nécessaires pour se créer une certaine image. Je ne dis pas que les rappers mentionnés par monsieur Jean ne sont pas de vrais artistes. Toutefois, je crois qu’il souligne que tous ces accessoires ne font pas nécessairement d’eux ce qu’ils essaient d’être ou de démontrer. Le fait de « flash » ne fait pas d’une personne une superstar pour autant et, que de rester soi-même demeure la meilleure chose ! Vous saisissez ?

Avant de poursuivre avec une version un peu konpa de «  If I was president », Wyclef a fait un clin d’œil à ce qui se passait présentement aux États-Unis entre les candidats à la présidence : Hilary Clinton et Barack Obama.  Puis, brusquement, après avoir fait un éloge à la ville qui l’accueillait pendant quelques jours, il a repris certains hits tel que No woman, no cry du légendaire Bob Marley. À ce moment précis, je me suis sentie très relax et j’ai remarqué que ce sentiment était partagé par plusieurs des spectateurs. Il ne me restait qu’à fermer les yeux et à apprécier la musique.

Quand j’ai ouvert les yeux, la foule se laissait aller aux beats de « Gone Til November » et « 911 » tout en chantant avec l’artiste. Musicien accompli, Wyclef a sorti sa guitare. Debout, assis, derrière la tête, avec sa bouche, il a littéralement subjugué la foule qui était venue le voir. Je dois avouer que j’ai moi-même eu beaucoup de difficulté à refermer ma bouche!

Peu de temps après, il a commencé à parler un peu de sa vie et de sa famille. Il a introduit sa petite sœur afin qu’elle puisse performer. Vêtue d’un manteau mauve et d’un top argent et noir, elle a commencé par présenter un morceau soul. D’un seul coup, le beat a changé et elle a chanté des pièces un peu plus gospel. Ce qui a mené Wyclef à se rappeler sa vie en Haïti alors qu’il assistait aux prêches de son père. Se laissant emporter par ses souvenirs, il a commencé à prêcher lui aussi. À sa manière bien entendu ! À l’entendre, je crois qu’il aurait scandalisé plus d’un chrétien de la génération de nos parents ou de celle avant elle. Continuant sur une autre note, il a entamé la chanson « Sweetest girl ».

Emporté par le vibe de la foule, il a fait monter un fan sur scène. Lui faisant retirer sa veste, il l’a enfilée et s’est mis à chanter côte à côte avec lui, bras dessus dessous. À un certain moment, Wyclef lui a laissé le micro et est parti animer la foule à l’autre bout de la scène. Il n’y avait pas de différence entre le chanteur et le fan. Se mettant à son niveau, il a permis à ce jeune d’avoir ses quinze minutes de gloire. Personnellement, j’ai trouvé ça vraiment exceptionnel car c’était la première fois que je voyais une vedette avoir une connexion du genre avec un spectateur. Revenant à sa vie, il a mentionné comment il était arrivé à faire ce qu’il fait. Après avoir été dénigré par un ancien gérant de chez Burger King qui lui avait dit qu’il passerait sa vie à faire griller des burgers, il a commencé à rêvasser et à imaginer ce que ce serait que de performer au Madison Square Garden. Il a expliqué comment il avait fondé les Fugees et le nombre d’albums qu’ils ont réussi à vendre, soit 22 millions! Après cette réussite, il est retourné voir ce même gérant en passant par le service au volant. Le reconnaissant immédiatement, celui-ci lui a demandé s’il était venu acheter un Whopper. Wyclef lui a répondu: « Mr supervisor, I’m not here to buy no Whopper. I’m here to buy your mother fuckin Burger King!!!” Hystérie générale dans la salle! Je dois avouer qu’à ce moment, j’aie été très touchée car dans la vie, on rencontre toujours des personnes qui tentent de nous mettre des bâtons dans les roues ou de nous décourager. Et, de leur démontrer le contraire de ce qu’ils nous souhaitent est toujours assez plaisant, voire même gratifiant.

Suivant cette partie d’un freestyle, Wyclef en a fait réagir plus d’un, particulièrement lorsqu’il a sorti : « I ain’t homosexual but if I could, I would dick Cheney! ». Ouch pour le partenaire politique de Bush fils! D’ailleurs, celui-ci n’a pas du tout été épargné que ce soit par le chanteur ou la foule. Je me demande pourquoi !?!

Partageant avec nous sa poésie, il a continué le spectacle avec des beats Old School comme OPP, Hip Hop Hooray, The choice is yours de Black Sheep, Oh la la la, Ready or not, Ring the alarm, etc. Après avoir fait ce bref retour en arrière, il s’est mis à chanter des chansons de son album The Carnival. Faisant une version différente de Sang Fezi et Jaspora pendant lequel il s’est jeté dans la foule. Puis, comme toute personne ayant le pouvoir de faire passer des messages, Wyclef s’est exprimé sur le problème des gangs  demandant la paix entre les Rouges et les Bleus : « Messié suspen tiré ». En espérant que le message ait été compris par ceux qui sont concernés !

Après ce moment, qui en a poussé plus d’un à la réflexion, notre artiste a présenté une chanson qui était très controversée au sein de sa maison de disque mais qui a connu un franc succès à Montréal. D’ailleurs c’est ici que le beat a démarré, Thug Angel ! Sa performance a littéralement défoncée la baraque. Wyclef s’est encore lancé dans la foule avant d’accueillir sur scène Djakout Mizik et d’entamer le Shakira Contest.

On m’avait prévenue de l’état de cet entertainer mais je ne m’attendais pas à cela du tout. Sur la scène, dans la foule, sur les speakers, à gauche, à droite, en haut, en bas, Wyclef Jean était partout. Faisant rire, s’énerver, sauter, danser et même pleurer pour certains, il s’est complètement donné et son public le lui a rendu! Faisant une autre morale sur le racisme à travers le monde, il a fait réfléchir la salle en entier. Comme il l’a si bien dit : « We are all immigrants. We cannot respect racism ! »

N’a-t-il pas raison ? Aucun doute là-dessus !